Les cloches

Une guerre de clocher entre Villeloin et Coulangé ! Ding, ding, dong…

En ce jour du 10 mai 1827, lors d’une séance tenue à Coulangé, une délibération fut prise par le conseil municipal pour débloquer la somme de 768 francs en vue de procéder à quelques réparations dans l’église de Villeloin. Toutefois, le sous-préfet, le 11 juin de la même année, estima que seuls 724 francs suffiraient pour mener à bien ces travaux. Cette décision fut prise malgré le fait que Coulangé n’ait plus de curé depuis de nombreuses années, mais la réunion pour le culte avec Villeloin obligeait Coulangé à participer.

Le 16 mars 1833, le préfet de Loches nommé de Freulleville adressa une lettre au préfet pour signaler que la cloche de Villeloin était cassée et que celle de Coulangé, placée dans l’ancien clocher, pourrait la remplacer. Le maire de Villeloin sollicita le déplacement de la cloche, mais le conseil de Fabrique était le seul habilité à décider de son transfert, car elle faisait partie du mobilier des églises. « D’un autre côté comme une cloche peut servir pour tout autre chose que pour le service divin, par exemple en cas d’incendie, d’inondation, etc. Les habitants de l’ancienne commune de Coulangé n’auraient-ils pas le droit de réclamer que la cloche qui leur appartenait leur restât ? »

Le 18 mars 1833, une correspondance fut échangée entre le préfet et le sous-préfet de Loches. Il y était question de la propriété de la cloche de Coulangé et de sa participation à la réparation de celle de Villeloin. La fabrique de Villeloin faisait valoir qu’elle était propriétaire du bien de l’église qui lui avait été donné, conformément au décret de 1806, et que les habitants de Coulangé devaient participer à la réparation de la cloche de Villeloin, même s’ils avaient acheté celle de Coulangé avant la réunion des deux paroisses.

Le 2 avril 1833, le sous-préfet de Loches répondit au préfet en expliquant que la cloche de Coulangé n’était pas nouvelle. Bien que les deux églises soient réunies pour le culte, des prières et des services se déroulaient encore dans l’église de Coulangé et la cloche servait à tous les usages du culte. De plus, Coulangé était plus peuplée que Villeloin, il y avait donc un risque de désordre si l’on cherchait à soutenir les prétentions de la fabrique de Villeloin. La cloche était une propriété communale et elle était utilisée pour des avertissements en cas d’incendie ou de rassemblement. Le conseil municipal devait donc se réunir pour voter une somme pour la refonte de la cloche et laisser en sa demeure l’autre cloche de Coulangé, ce qui était selon lui la manière la plus équitable d’arranger cette affaire.

Le 3 avril 1833, le préfet donne son autorisation pour la réunion du conseil municipal de Villeloin dans un souci de sécurité publique. Il est également recommandé de maintenir la cloche actuellement utilisée dans le bourg de Coulangé.

L’affaire aurait pu s’arrêter là… mais patatra !!!

Le 29 août 1838, le sous-préfet relate un incident survenu lors d’une assemblée tenue à Coulangé. Les portes de l’église ont été forcées, et la cloche a sonné tout au long de la journée, sans que l’on puisse en identifier les auteurs. Le maire de Villeloin-Coulangé, craignant une résurgence des anciennes querelles, sollicite l’intervention du préfet. Il suggère de retirer la cloche de l’église de Coulangé et de procéder à une estimation des travaux nécessaires pour sécuriser les portes.

En marge de la lettre, deux annotations sont ajoutées. La première suggère de provoquer la vente de l’église de Coulangé par la fabrique de Villeloin. La seconde annotation propose d’envoyer le procureur du Roi pour faire « une peur salutaire » aux auteurs du bris de la porte. En somme, la situation nécessite une intervention rapide pour rétablir la paix et la sécurité dans les deux communes.

Le 31 août 1838, le préfet adressa une missive au sous-préfet de Loches, où il exprimait son avis selon lequel le procureur du Roi était déjà au courant de la situation. Dans cette lettre, le préfet mentionna que le maintien de l’ordre public était la responsabilité du maire, qui pouvait ordonner la descente de la cloche et demander aux propriétaires (la fabrique) de fermer l’église si les circonstances le justifiaient. Si besoin était, il pouvait également émettre un arrêté interdisant la réunion et la dissoudre par la force si nécessaire. En outre, la fabrique était tenue de prendre en charge les réparations, d’envisager la vente ou de poursuivre les auteurs d’actes délictueux.

Le 10 septembre 1838, un arrêté de la mairie fut émis par le maire Mabillaud Géraud, dans lequel il dénonça des individus qui s’introduisaient dans l’église par les croisées et sonnaient la cloche pendant les orages, ce qui était interdit à moins d’avoir la permission des autorités locales. En outre, une infraction avait été commise le 26 août 1838, jour d’assemblée, où les portes de l’église avaient été forcées avec effraction. Le lendemain matin, la cloche avait été sonnée, causant un scandale public qui avait duré toute la journée. Si la cloche avait été endommagée, sa valeur aurait été réduite de moitié. Elle fut finalement descendue et transportée dans celle de Villeloin.

En septembre 1840, une demande de secours pour des travaux urgents dans l’église de Villeloin fut faite. Les travaux ne furent achevés qu’au mois d’août 1844.

Mais où est-elle aujourd’hui cette cloche ?

Une chose est sûre, sans cet incident la cloche serait peut-être encore à Coulangé.

Source :

Michaël Beigneux- Archives départementales d’Indre-et-Loire (site de Chambray-lès-Tours), 2O277/37