



C’est l’histoire d’un portail roman en pierre, finement ciselé, provenant d’une petite église de Touraine, qui a traversé l’atlantique pour se retrouver dans l’un des plus grands musée du monde ; au Cloister Museum de New York. Une histoire rocambolesque !
Tout commença en 1906, le 3 août précisément, quand Léopold Mabilleau, intellectuel de sa province, acheta une partie de l’abbaye de Villeloin. Cet homme éclairé et mondain passionné de patrimoine décida d’acquérir le portail en pierre de l’église de Coulangé, alors propriété de Joseph Pichard, tonnelier et négociant en vins. On suppose que cet amateur de vielle pierre jugea préférable de voir cet ouvrage richement orné précéder l’entrée de sa demeure plutôt qu’un caquetoire d’Eglise ne servant plus que de lieu de stockage. Et pourtant, même si l’édifice était désacralisé depuis presque 100 ans, n’y a t-il pas dans l’architecture un caractère qui relèverait du sacré, de l’intouchable. Certains le restaurent d’autres le monnayent… Il le fit donc démonter puis rebâtir à la fin de l’année 1906 dans le prolongement de son jardin. Pour lui, ce fut une réussite et plusieurs cartes postales en noir et blanc témoignent de son attrait pittoresque.



Une quinzaine d’année plus tard, Monsieur Mabilleau se trouva en difficulté et du se séparer de son abbaye qu’il vendue le 24 mars 1923. Très attaché aux vestiges, on présume qu’il estima plus prudent de sauvegarder le portail non pas en le restituant mais en le revendant à un amateur d’art avant son départ, puis, au passage, se procurer une rentrée d’argent. Tout cela s’apparente davantage à du brigandage. N’est-ce pas là finalement l’oeuvre d’un homme pétrit de fausse bonnes intentions au nom de l’art et du patrimoine ? Laissons planer le doute…
Sans nouveaux éléments, la généalogie du portail se perdrait là.
Mais voilà, on retrouve la trace du portail aux États-Unis. D’abord sur une facture de l’antiquaire Lucien Demotte adressée au collectionneur américain George Grey Barnard, en date du 24 avril 1924 et portant la mention « Portail romain (sic) tiré de l’église de Coulangé, XII e s. ». Monsieur George n’est autre que l’un des plus important collectionneur américain d’art médiéval. De manière contestable, l’insatiable George Grey Barnard enrichit sa collection de chapiteaux, de colonnes, de cloîtres entiers provenant directement de France. Il parvint même à ouvrir en 1914 son propre musée sur Fort Washington Avenue, à l’entrée duquel il plaça… on vous le donne en mille… Le portail de l’Eglise de Coulangé.
Dès 1925, ce musée fut racheté par J. D. Rockefeller Junior. pour constituer une annexe du Metropolitan Museum of Art. Les collections furent par la suite intégralement transférées sur un nouveau site pour former l’essentiel du nouveau Cloisters Museum inauguré en 1938.
Le portail portant le numéro 25 120 878 fut donc démonté une quatrième fois et installé dans la « salle romane ».
Quel parcours ! Aujourd’hui il est numéroté, archivé, documenté mais aussi admiré par des millions de visiteurs annuels.
Finalement, on peut se demander : est-ce que sa place est bien là-bas ? Car ici, à Coulangé, depuis 1906, le portail arraché à son pignon ouest a laissé place à un trou, qui menace de décennie en décennie un peu plus la structure de la façade et l’ensemble de l’édifice.
Sources :
